« Il est difficile de dire la vérité, car il n’y en a qu’une, mais elle est vivante, et a par conséquent un visage changeant », écrivait Franz Kafka (Lettres à Milena – cité dans Étienne Klein, Le goût du vrai, 2020).
La frontière entre le vrai et le faux est en effet parfois ténue, voire trouble. Cette réflexion trouve une résonance particulière dans l’univers du livre, où l’originalité et la création cohabitent avec la copie, le pastiche et la contrefaçon. Ces pratiques, qu’elles soient marginales, intentionnelles ou clairement frauduleuses, interrogent non seulement la notion d’authenticité, mais également les multiples fonctions sociales, culturelles et politiques du livre.
La Wittockiana, musée des arts du livre et de la reliure, s’emploie à montrer que le livre, au-delà de sa fonction de support matériel, est aussi un objet de société à part entière. Vecteur de transmission des savoirs et des idées, il est un instrument de pouvoir et de contrôle, un élément d’identité culturelle, un objet économique, un médiateur social, un support de contestation ou encore, un moteur de changement. À ce titre, le livre reflète les dynamiques et tensions sociétales, y compris dans ses rapports au faux, qu’il s’agisse de falsification, d’imitation, de détournement ou de création militante.
En écho avec les débats contemporains sur les notions de vérité et de post-vérité, cette journée d’étude entend démontrer, par une pluralité de points de vue, que le faux ne saurait se réduire à une définition unique. Il constitue ainsi un prisme pertinent pour comprendre les ambitions, tensions et paradoxes propres à toute société et à toute entreprise créative.